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Au coeur du monde

3 jours de méditation

Népal, Asie5 min read

Le 17 janvier, nous sommes entrés dans le centre de méditation Vipassana d’Itahari.

La méditation Vipassana, qu’est-ce que c’est ? C’est une technique de méditation basée sur la prise de conscience de sa propre respiration. Le but de ces 10 jours est d’apprendre cette technique pour pouvoir l’utiliser pour atteindre le Nirvana, c’est-à-dire pour libérer son âme. La méditation Vipassana se dit areligieuse et scientifique. Elle ne requiert aucune croyance, elle se veut universelle. Ainsi, n’importe qui peut pratiquer Vipassana. Même si, pendant 10 jours, il faut s’abstenir de pratiquer un culte pour ne pas « interférer » avec la technique.

Les autres règles sont les suivantes :

  • Un seul repas par jour
  • Respecter le noble silence (pas de communication verbale ni gestuelle dans le centre ni vers l’extérieur)
  • Ne pas tuer
  • Ne pas avoir de pratique sexuelle
  • Respecter les horaires de méditation

Nous, nous ne sommes finalement restés que 3 jours au centre de méditation. Voici une petite interview sur notre expérience au centre de méditation Vipassana.

Qui organise un tel cours de méditation ? Qui était présent pour ce cours ?

Olivier : Dans le centre de méditation, nous sommes tout de suite accueillis par le Guru et une personne qui s’occupe du management. Le Guru, c’est le maître spirituel. Il est là au service de la technique de méditation. Le management est là pour s’occuper de nous si nous avons un problème avec quoi que ce soit. Nicolas : Nous étions curieux de savoir quel genre de personne participait à un tel cours de méditation ! Le verdict : 4 voyageurs (une Suissesse, un Hollandais et nous) et une dizaine de Népalais (des habitués et des nouveaux).

Comment se passe une séance de méditation ? Qu’est-ce que vous avez ressenti pendant la méditation ?

Olivier : Il y a 10 heures de méditation par jour. La méditation se fait dans le grand hall. A certaines heures, le Guru nous passe une cassette audio avec les instructions à suivre.

Nous devons nous concentrer sur notre respiration. Ce qui est difficile, c’est que notre esprit est sans cesse tenté de vagabonder vers autre chose. Un rien fait divaguer ma pensée. Ça me fait un peu penser aux échecs quand je devais me concentrer sur une partie. Mais contrairement aux échecs où il y a matière à réfléchir, ici, je dois me concentrer sur un espace très restreint de pensée.

Au début, quand je m’apercevais que mon esprit divaguait, je me demandais comment faire pour qu’il ne divague plus. Malheureusement se demander ça, c’est encore laisser divaguer son esprit un peu plus loin… Le 2e jour, le Guru nous explique qu’il faut accepter que son esprit divague et se reconcentrer sur sa respiration à chaque fois que nous nous en apercevons. Pour moi, ça a pas mal marché et j’arrivais à bien rester concentré sur ma respiration pendant plusieurs minutes, parfois plusieurs dizaines de minutes d’affilé. Mais certaines fois (le matin à ma méditation de 4h30 par exemple), c’était plus dur car j’étais fatigué et mon esprit partait en rêveries interminables !

Nicolas : Comme le dit Olivier, tous les élèves sont réunis dans le grand hall. On peut méditer dans n’importe quelle position, mais le Guru nous a demandé de le faire assis. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas forcément en tailleur, même si ça me semblait être la position la plus pratique. Je changeais régulièrement de position, car après quelques minutes, cela devenait douloureux et je finissais par me concentrer davantage sur la douleur plutôt que sur ma respiration. La chaise, c’est tout de même une superbe invention !

Fermez les yeux et commencez à vous concentrer sur votre respiration. Si dans une minute vous n’avez pensé à rien d’autre que votre respiration, c’est déjà un bon début ! Contrairement à Olivier, la méditation du matin était géniale pour moi ! De longues périodes à ne penser à rien, juste à se sentir respirer. Mais plus le temps avançait dans la journée et moins je réussissais à rester concentré. Après 3 minutes de concentration, je me dis « chouette, je suis bien concentré là ! ». Mais alors je réagis : « olala, je viens de me dire que c’est chouette… ça veut dire que je ne suis pas concentré sur ma respiration ! ». Et voilà maintenant déjà 10 secondes que je ne pense plus à ma respiration ! Garder son esprit concentré sur… rien, ce n’est vraiment pas facile.

La méditation Vipassana, reposante ?

Olivier : Non ! Pas du tout ! C’est même très fatigant. Pas au niveau physique, mais au niveau de l’esprit. Méditer, c’est l’inverse de dormir ou se reposer.

De plus, les journées sont assez longues. En plus des 10h de méditation, nous avons 1h30 de cours le soir pour mieux comprendre la philosophie de la méditation. Ces cours m’ont aidé à mieux comprendre la philosophie bouddhiste et je regrette de ne pas les avoir suivis jusqu’au bout.

Nicolas : En effet, méditer ce n’est pas reposant. Ca ne permet pas non plus de faire un point dans sa vie ! Lutter contre son esprit qui divague demande beaucoup d’énergie. En fin de journée, il m’arrivait de laisser consciemment mon esprit divaguer (vous savez, les petites pensées qui trottent dans la tête : il faut que j’appelle telle personne ; ah j’ai hâte d’être en Inde ; qu’est-ce qu’on va bien pouvoir manger demain) par manque de force de le retenir. Mais c’est un secret entre nous… il ne faut pas le dire au Guru.

Les pauses me permettaient bien sûr de reposer mon dos, mais c’était surtout un moment où mon esprit pouvait divaguer sans que je le retienne.

Qu’est ce qui était le plus dur pendant ces 3 jours de méditation ?

Olivier : Pendant ces 3 jours, nous n’avons pas du tout pu parler ni communiquer avec qui que ce soit. L’ordinateur et le téléphone sont laissés à l’accueil pour que l’on ne communique pas avec l’extérieur. Au sein du centre, nous n’avons pas le droit d’échanger de paroles ni de gestes entre nous ; même le déjeuner se prend face au mur. Nous pouvons juste parler au management si nous avons un problème (pas assez de nourriture, trop de moustiques, etc.) ou au Guru pour lui poser des questions sur la technique de méditation. Je me suis vraiment retrouvé face à moi-même. C’est une liberté de ne dépendre que de soi, mais c’était difficile de ne pas pouvoir du tout partager ce que je ressentais.

Pendant les temps de méditation, on essaye de ne pas laisser son esprit divaguer. Du coup, les temps de pause sont très appréciables pour laisser aller son esprit ! Je me suis rendu compte à quel point mon esprit allait dans tous les sens en temps normal.

Nicolas : Le plus dur a sûrement été de ne pas avoir le droit de tuer de moustiques pendant 3 jours.

Sinon, l’enfermement de l’esprit a été très difficile. Je crois que j’aurais adoré la méditation en mode un peu moins intensif sur une période plus étendue. Pendant ces 3 jours de méditation, la concentration requise me semblait bien supérieure à celle que j’avais en prépa !

Avant de commencer la méditation, je craignais vraiment d’avoir faim, mais en fait pas du tout. Le repas était conséquent (et toujours très bon !). Rester assis toute la journée ne donne pas très faim.

Pourquoi n’êtes-vous restés que 3 jours ?

Nicolas : La perspective des 7 jours qui restaient me déprimait, le cours me semblait interminable. On nous avait bien dit que les premiers jours seraient difficiles et que ça irait mieux ensuite. Mais je n’ai pas eu un tel courage.

Un élément qui a aussi influencé mon choix c’est le fait d’avoir le nez bouché ! Le comble quand on médite (la respiration devait se faire par le nez et non par la bouche). Je trainais depuis quelques jours un bon rhume qui ne s’est pas arrangé. Un après-midi, je ne me sentais vraiment pas bien et puis j’avais beau me moucher, mon nez restait bouché, j’ai donc pris la décision de partir. Mais ne le cachons pas, la perspective d’en finir avec cet enfermement de l’esprit me réjouissait ! D’ailleurs le lendemain, mon rhume était presque passé !

Olivier : Le fait que Nicolas parte a été un élément déclencheur. Cette méditation était très difficile et même si on ne se parlait pas, la présence de Nicolas était un grand soutien. Cette méditation était une avancée vers l’inconnu (encore plus que d’habitude !). Je ne me sentais pas capable d’y faire face tout seul, ça me faisait un peu peur. Ça aurait aussi été difficile de ne pas pouvoir expliquer ce que je ressentais. Après coup, je me dis que je n’étais peut-être pas prêt.

De plus, je n’avais pas envie de laisser Nicolas passer encore une semaine à découvrir plein de choses sans moi, j’avais aussi envie de profiter de rencontrer plein de gens pendant une semaine de plus !

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